26/04/2012

Cérémonie au Toronto Cimetery, jour de l'Anzac Day

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Tenez-vous un instant immobile dans le cimetière de Toronto Avenue, où le vent fait se balancer les arbres et la lumière se frayent un passage à travers leurs feuilles bruissantes.

Essayez d’imaginer cet endroit durant la nuit du 6 et 7 juin 1917. Il était alors rempli de colonnes de soldats australiens, des milliers d’hommes de la 3e division, en uniforme complet, chargés de fusils, munitions, sacs à dos et autres équipements nécessaires à la guerre, accompagnés de centaines de bêtes de somme, se frayant un chemin dans l’obscurité vers les lignes desquelles ils devront attaquer les Allemands peu après les premières lueurs de l’aube.

Pendant ce temps, l’ennemi faisait tomber sur ces étendues une pluie d’obus à gaz et incendiaires.


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Les hommes du 40e bataillon, le seul bataillon d’infanterie de la Première Guerre mondiale entièrement constitué de soldats tasmaniens, durent porter leurs masques à oxygène (petits appareils de protection respiratoire) pendant des heures, lors de leur pénible avancée en direction des lignes ennemies. Si ces masques leur offraient une protection quasi complète contre les gaz, ils constituaient, avec le lourd sac à dos, les munitions et les fusils, une autre raison pour laquelle leur respiration était pénible et leurs corps endoloris. Pendant que les bataillons se taillaient un chemin à travers les bois de Ploegsteert, appelé pour plaisanter « Plug Street » (rue du bouchon) par les hommes des forces armées australiennes de l’AIF, ils passèrent devant des animaux de bât effondrés sur les bas-côtés, haletant misérablement. Dans les bois, c’était encore pire ...

 

Quatre chemins balisés traversent les bois, mais dans l’obscurité et des conditions incroyablement dures, les unités se perdirent et la confusion fut pendant un moment total. Un grand nombre d’hommes furent tués, blessés ou gazés. Les bas-côtés des sentiers de Bunhill Row et de Mud Lane étaient semés d’hommes qui ne pouvaient plus bouger. Par quelque miracle, les bataillons finirent par passer et la plupart de ceux-ci se retrouvèrent aux postes d’assaut, au nord des bois, à l’aube, pour commencer la grande attaque du 7 juin 1916. Derrière eux, dans les bois, plus de 500 hommes hors de combat gisaient après cette expédition nocturne.

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De nos jours, dans les bois de Ploegsteert, se trouvent les restes de cratères d’obus érodés. Dans le cimetière de Toronto Avenue, on trouve les tombes de 78 soldats de la Première Guerre mondiale, tous australiens, dont deux n’ont pas pu être identifiés. Les tombes sont alignées en trois rangées, et la plupart sont jointes, indiquant la présence d’une fosse commune. Il s’agit du seul cimetière entièrement australien de Belgique et le seul du Front occidental dont les pierres tombales indiquent le nom des soldats qui y reposent. Le VC Corner Cemetery de Fromelles, en France, contient plus de 400 tombes australiennes, dont aucune ne porte de nom. Les soldats y reposent dans des fosses communes sans pierre tombale.

 

Toronto Avenue se trouve près du niveau de la mer et il est difficile d’empêcher la moisissure de s’ancrer sur les pierres tombales. Pour remédier au problème, ces dernières ont été recouvertes d’un enduit blanc protecteur. Une clôture métallique a été enterrée autour du cimetière pour empêcher les lapins et autres animaux fouisseurs d’y entrer. Pendant des années, très peu de visiteurs vinrent en pèlerinage à Toronto Avenue, mais ce nombre a crû récemment. Parfois, le clairon de la Porte de Menin vient faire résonner les quelques notes mélancoliques du « Last Post » parmi les stèles de ce petit groupe d’Australiens perdus dans les bois de Ploegsteert.

Sandy Sutherland